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Et toi, ton verre, tu le vois comment ?


Ma journée d'hier a commencé sur une note plutôt négative, celle d'ouvrir l'enveloppe contenant les places de concert que j'avais offert à ma Maman pour voir Julien Clerc et de réaliser qu'on s'était trompées dans la date notée dans nos agendas (on aurait du y être la veille). Après m'être ressaisie, plutôt que de baisser les bras comme j'aurais pu être prompte à le faire, j'ai entrepris d'appeler le théâtre dès l'ouverture des guichets. J'ai ainsi eu la chance de pouvoir racheter des places de dernière minute, certes tout en haut du théâtre du Châtelet, mais c'était mieux que de louper le concert. Et, le concert venu, annonçant avec les yeux du chat dans Shrek qu'il s'agissait de l'anniversaire de ma Maman le personnel du théâtre nous a finalement offert des places de première catégorie ! Tout cela pour dire que mon erreur de calendrier s'est avéré être un mal pour un bien.

Ce qui m'amène à une idée qu'on a tendance à oublier je crois, beaucoup de ce qui nous afflige est d'abord une question de point de vue ! Il est connu que certaines populations vivant dans un extrême dénuement ont souvent un sourire plus radieux que nous aux lèvres. Tout cela parce que le bonheur est en partie affaire de subjectivité. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le moine bouddhiste Matthieu Ricard dont j'ai eu la chance d'entendre il y a quelques temps une conférence au boulot. Bien sûr, il existe des conditions quasi essentielles à ce dernier, à commencer par la santé. Mais dans la plupart des cas, c'est d'abord la façon dont on appréhende la vie qui nous apporte bonheur ou malheur, plus que les événements en eux-mêmes.


Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Déjà parce que je trouve que ça fait du bien de le rappeler. Mais surtout, parce que je trouve que le monde des blogs (dans lequel je travaille de surcroît) a tendance à exacerber notre ouverture sur le monde en même temps qu'un dangereux sentiment de comparaison. Alors je ne vous dis pas que ça régit toute ma vie pour autant, mais je pense que ça me tire parfois vers le bas et déforme ma perception de certaines réalités, ce qui peut-être vous parlera.

Par exemple, souffrirait-on autant de ne pas voyager si on s'abreuvait un peu moins de récits de blogueuses baroudeuses ou expatriées ? Souffrirait-on autant de ne pas toujours être parfaitement habillée si on ne regardait pas chaque jour les blogs mode des filles les mieux habillées de la planète (dont c'est parfois devenu le métier qui plus est) ? Souffrirait-on autant de ne pas avoir le mariage parfait si les mariages américains n'avaient pas envahi nos écrans ? Souffrirait-on autant de ne pas avoir une maison bien décorée et surtout rangée comme si Martha Stewart allait débarquer d'une minute à l'autre si on ne regardait pas autant chez les autres (des autres souvent très riches ou décorateurs de métier) ?

En somme, si toutes ces découvertes Internet devraient être là pour affuter notre goût, développer notre ouverture d'esprit, notre curiosité, notre créativité, elles peuvent aussi parfois nous paralyser, avec dans notre petite tête la rengaine : je n'aurai jamais une aussi belle maison, je ne serai jamais lookée comme une blogueuse mode, je ne ferai jamais des recettes photographiables. Well, guess what ? Il y a de grandes chances que l'on puisse faire tout ça et plus encore si on ne s'entravait pas avec une exposition constante aux autres et un regard devenu trop intransigeant.

Un blog ne montre pas tout, pas plus qu'un film au cinéma ne nous montre Jennifer Aniston sans maquillage et brushing au réveil. Une blogueuse mode ne montre pas ses jours jogging chaussettes, une blogueuse déco ne montre pas son salon un lendemain de soirée, une blogueuse cuisine ne montre pas ses cartons de pizza, etc.

Alors, si vous êtes arrivés jusque là, eh bien je vous demande d'abord pardon parce que cet article je l'ai peut-être écrit un peu trop pour moi ! Mais enfin, je me dis que la comparaison (inconsciente ou non) est quelque chose de très féminin et que je ne suis donc peut-être pas la seule à m'auto-flageler tout le temps et m'empêcher toute seule d'avancer. Il ne nous reste donc plus qu'à trinquer avec nos verres bien plein à des lendemains où on serait plus indulgentes avec nous-mêmes ! Tchin.


Crédit photo : Emily Harriet / Flickr

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